dilluns, 1 de setembre de 2014

En 1963, l'abbé Escarré s'élève contre Franco

Le Monde | 22.08.2014 à 08h26 • Mis à jour le 22.08.2014 à 08h33 | Par Jean-Claude Marre




La 46e université catalane d'été (UCE) de Prades (Pyrénées-Orientales) a rendu, dimanche 17 août, dans le cloître de Saint-Michel-de-Cuxa, à Codalet, un hommage simple, fort et émouvant à l'abbé Auréli Escarré, prieur de 1946 à 1968 du monastère de Montserrat, près de Barcelone.

C'est à Montserrat, lieu symbolique de l'identité catalane et de pèlerinage pour tous les Espagnols, que José Antonio Novaïs, correspondant du Monde à Madrid, avait recueilli les propos de l'abbé, publiés le 14 novembre 1963 à la « une » du Monde. Pour la première fois, un représentant important de l'Eglise y affirmait son opposition au pouvoir en place : « Le régime espagnol se dit chrétien, mais n'obéit pas aux principes de base du christianisme », déclarait l'abbé.

A l'époque, Le Monde, interdit par la censure franquiste, ne fut pas distribué en Espagne, mais une traduction de l'article en catalan, réalisée par des opposants exilés et transportée clandestinement de Perpignan, fut diffusée à près de 40 000 exemplaires en Catalogne. A l'étranger aussi, les déclarations d'Escarré avaient eu un retentissement considérable avant que, quelques mois plus tard, plus de quatre cents prêtres catalans adressent une lettre collective à leur hiérarchie pour dénoncer les liens trop étroits entre le clergé espagnol et la dictature franquiste.

« UN HOMME DE PRINCIPES »

L'exposition sur le 50e anniversaire de ces déclarations – conçue en 2013 par l'association des journalistes européens de Catalogne, et déjà largement présentée au sud des Pyrénées – a pris une dimension singulière dans le monastère de Saint-Michel-de-Cuxa. Les moines bénédictins venus de Montserrat y avaient accueilli nombre d'exilés poursuivis par le régime franquiste avant qu'intellectuels et hommes politiques catalans y préparent les conditions du rétablissement de la Généralité de Catalogne. C'est à Prades aussi que le violoncelliste Pablo Casals, fuyant l'arrivée du fascisme, avait trouvé refuge en 1939, et qu'il avait créé, dans les années 1950, un festival de musique réputé.

« L'abbé Escarré a posé une pierre importante dans la construction de la Catalogne. Les Catalans auront le 9 novembre prochain à travers la consultation sur l'indépendance la possibilité d'effacer trois cents ans de confiscation, par les Espagnols et les Français, de la nation catalane », a dit Ramon Gual, un des organisateurs de l'UCE, lui-même fils d'exilé. Selon l'abbé Marco Riba, actuel prieur de Saint-Michel-de-Cuxa, Escarré « homme d'Eglise défenseur des droits des personnes et des peuples » serait aujourd'hui encore « du côté des droits de son pays ».

Jean-Claude Marre
Journaliste au Monde

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